Bernard Arnal est né à Mende le mardi 22 mai 1951. Il a fait des études à la Faculté de Droit de Montpellier, obtenant licence et maîtrise en Droit privé, ainsi qu’un DEA en sciences politiques. Après des débuts professionnels qu’il dit « compliqués », il commence une carrière hospitalière en 1981 au CHU de Nîmes, en qualité d’adjoint des cadres hospitalier (par concours d’emploi réservé). En 1986, Il réussit le concours d’entrée de l’École Nationale de la Santé, à Rennes. En 1987, il est élève assistant de direction au CHU de Nîmes, puis en 1988-1989, il est assistant de direction au CHRU de Montpellier. De 1990 à 2000, il est Directeur du Centre Hospitalier de Lunel. Au détour de l’année 2000, il quitte Lunel pour les Hôpitaux du Bassin de Thau, où, jusqu’en 2014, il est Directeur Adjoint, chargé de l’Action Médico-Sociale / des établissements annexes / de la Psychiatrie adulte et enfant / et de la Communication. Il prend sa retraite le 1er janvier 2014. Il est impliqué dans une démarche spirituelle et sociale depuis 2006.
Bernard Arnal et Michel Pelet se sont connus en 1973, et l’on découvrira ci-dessous les conditions de cette rencontre. Amoureuse rencontre. Fulgurante rencontre. Bouleversante rencontre.
Septembre 1975 : l’aventure du Théâtre de Marionnettes de l’Atelier des Enfants démarrait. Bernard a aidé Michel dans ces premiers spectacles de la rue du Canau, surtout en confectionnant des costumes pour les marionnettes (des « robes » puisqu’à l’époque Michel ne travaillait qu’avec des marionnettes à gaine), mais aussi en réalisant quelques têtes : une histoire de princesse ensorcelée, puis – happy end oblige – délivrée de ce sortilège par l’amour d’un prince charmant, le spectacle se concluant sur un ballet de souris (peut-être le premier ballet marionnettique de Michel Pelet). Ces robes et ces têtes ont été conservées par Michel toute sa vie, et se trouvent aujourd’hui dans la collection.
Bernard a également participé à la construction de décors, et a même, derrière le castelet, prêté sa voix à quelques personnages. Il est vrai que dès 1970, Bernard avait commencé de prendre des cours de théâtre ; activité qu’il a poursuivie jusqu’en 1983, en jouant dans des troupes d’amateurs et en semi-professionnel.
A dire vrai, j’aurais bien aimé, sur le terreau de leur rencontre, de leur histoire, faire pousser la sève de mes idées, et apporter une réponse pleine de sens à la question : « une rencontre peut-elle changer la trajectoire d’une vie ? » Hélas, toutes les citations trouvées sur le net n’y suffiront pas, je n’ai pas l’assise philosophique pour appréhender théoriquement un tel (vaste et profond) sujet. Simplement, pourrais-je répondre d’expérience ; ce qui serait ici parfaitement inutile au regard du magnifique témoignage de Bernard.
A échanger avec Bernard Arnal à propos de Michel, un autre sujet d’importance m’est venu à l’esprit : « l’être est-il permanence ou changement ? » Car entre le Michel dont me parle Bernard et qu’il me donne à voir, et le Michel que j’ai connu des années plus tard (et côtoyé sur 35 ans) je remarque autant de similitudes que de dissemblances. A la fois si loin et si proche, le même et tellement différent.
Et ce n’est certainement pas une coïncidence si Michel a beaucoup écrit sur ces questions d’intégrité et de transformation, si les mots « croissance », « évolution », « progrès », « émancipation » occupaient chacun une place spéciale dans son propre système philosophique, et s’il était très sourcilleux quant à la distinction entre le sujet, l’individu, la personne et l’être.
Mystérieux chemins de la vie : sur le chemin de Bernard et le mien on ne comptait jusqu’ici qu’un seul, unique, hasardeux, furtif et très lointain croisement. Plus de 20 ans ont passé, puis la mort de Michel nous a rapprochés. Anankè ! Anankè la vie !
Souvenirs de Michel
J’ai rencontré Michel un Dimanche après-midi pluvieux de l’automne 1973. Je buvais un café dans un bistrot triste de la rue de la République, quand il est entré pour acheter des cigarettes. Je ne me doutais pas à ce moment que désormais dans ma vie il aurait un « avant », et un « après ». Nous étions deux jeunes hommes, déjà bien avancés dans leurs études universitaires et entrant dans la vie active. Comme toute la jeunesse des années 70 nous avions soif de libération et de lendemains qui chantent. Nous avions en commun tout ce qui nous rattachait à cette enfance que nous ne voulions pas quitter. Les albums de Beatrix Potter ou les conte et légendes attiraient plus notre attention que les bandes dessinées japonaises, et la boutique « Pomme reinette et pomme d’api » nous émerveillait.
Michel habitait alors au dernier étage d’un vieil immeuble rue du Berger, dans un petit appartement déjà envahi par les marionnettes et les multiples collections d’objets. Puis il a déménagé rue du Cannau, au-dessus de l’atelier de peinture de Jeanne, un appartement plus grand et plus clair, que nous avons retapissé en vert amande.
Jusque-là je n’avais pas eu un grand accès à l’Art. Michel devint alors pour moi une sorte de Pygmalion. Il me fit en particulier découvrir la musique classique, que je croyais réservée à une élite dont je ne faisais pas partie. Nous avons pris un abonnement à l’Opéra Comédie de Montpellier, pour assister à des concerts ou des récitals. Pendant les entr’actes, une flute de Champagne à la main, se côtoyaient les « bobos » du « London Club », et les bourgeois amidonnés du « Grand Café Riche ». J’avais l’impression d’être un intrus ou un imposteur. Pour dissiper mon malaise, Michel qui avait des dons d’imitateur, singeait ces personnages et me faisait rire.
Mais la grande révélation, fut l’immense Montserrat Caballé pour qui Michel avait une très grande admiration. Nous sommes allés la voir et l’écouter aux chorégies d’Orange en 1974 où malgré un mistral épouvantable elle interpréta une « Norma » inoubliable. Nous l’avons à nouveau applaudie dans d’autres opéras au Grand Théâtre du Liceu de Barcelone, à Orange puis au Théâtre Antique d’Arles en 1975. Nous avons aussi assisté à un mémorable Hamlet dans le magnifique décor du festival de Carcassonne, auquel nous avait invité son père. A cette époque Michel nourrissait une immense admiration pour le comédien Gérard Desarthe, que je trouvais inquiétant.
Michel avait des goûts très hétéroclites car nous avons aussi assisté au spectacle de Sylvie Vartan au Palais des Congrès à Paris en 1975, et à la Revue de Line Renaud « Parisline » au Casino de Paris en 1976. J’avoue que ce n’était pas mon choix, mais ce n’était pas déplaisant. Lors des entr’actes, Michel disparaissait dans les coulisses pour tenter de voir l’artiste ou ceux qui se produisaient sur scène avec elle… ! Un jour où nous avions rendez-vous sur une terrasse place Jean Jaurès, lorsque j’arrivai, Michel était attablé avec Claude Nougaro qui se détendait avant sa prestation de la soirée. Depuis dès que j’entends les premières mesures de l’une de ses chansons, je repense à Michel et à ce moment hors du temps…
Cinquante années se sont écoulées depuis. Le temps a fait son œuvre, mais je n’ai rien oublié.
Je me souviens de nous fou-rires, de ses pitreries dans la rue, chez le petit épicier de la rue de l’Aiguillerie.
Je me souviens de nos voyages sur la Côte d’Azur, à Monaco, à Barcelone où il fit une partie de la visite des tours de la « Sagrada Familia » à quatre pattes en raison du vertige, mais en réalité pour me faire rire.
Je me souviens de la visite du Musée de cire où nous avons posé devant le mannequin représentant le Pape Jean XXIII. (C’est la seule photo qui me reste de Michel).
Je me souviens qu’il était là, à mon chevet lorsque je dus subir une lourde intervention chirurgicale.
Je me souviens de l’essaim de jeunes femmes qui l’entouraient avec admiration et résignation. Il aimait jouer avec leurs sentiments et cela était parfois cruel mais sans conséquences. Il arrivait parfois que l’une d’entre elles essaie de couper le fil qui la reliait au marionnettiste, mais cela se terminait toujours bien.
La somme de ces merveilleux et innombrables souvenirs, ne me fait pas oublier ceux que le cœur voudrait effacer mais auxquels la mémoire s’accroche. Je n’oublie pas ces heures grises de dérive qui le laissaient échoué sur des rivages inhospitaliers, dont il s’évadait dans un sommeil artificiel.
Je n’oublie pas ses sulfureuses errances nocturnes, ni ses moments de mal-être qui lui laissaient aussi des cicatrices au cœur.
La vie nous a éloignés et nos chemins se sont séparés, mais il n’a jamais quitté mes pensées. Je suis reconnaissant envers Jean Luc, qui m’a donné l’occasion de me replonger dans mes souvenirs et de retrouver l’univers de Michel.



Incroyable que ce texte. Je reconnais le Michel que j’ai rencontré des années après mais avec les mêmes espiègleries malgré un cœur et aussi un corps en souffrance. Quel bel hommage. Merci pour cette lecture.