Le texte qui suit a été écrit par Anne-Marie Rives pour la cérémonie du mercredi 3 août 2022 qui s’est déroulée au Funérarium de Grammont à Montpellier, et fut lu par elle ce jour-là. Nous le reproduisons ici avec son autorisation.
Anne-Marie Rives est une nièce de Michel. Elle est la fille de Simone Rives (née Pelet, sœur de Michel), et d’Alain Rives. Elle est la deuxième d’une fratrie de cinq enfants : Olivier, Anne-Marie, Luc, Pierre, Nicolas. Elle est née le 15 octobre 1959 à Revel. Elle est la maman de Lise, de Julia et de Sarah.
De longue date, au sein de la famille Pelet, Anne-Marie s’est autoproclamée « la nièce préférée de Michel » : à la vérité, le titre est aussi prestigieux qu’humoristique, et la blague fut savamment entretenue par Michel lui-même, puisque jamais démentie ni confirmée par lui. Cette première place a bien sûr à voir – comme une transfiguration – avec la chronologie des naissances des neveux et nièces de Michel : car c’est un fait qui ne souffre aucune objection, par ordre d’arrivée, Anne-Marie est belle et bien la première nièce de Michel. Mais cette transformation d’une place (certes la première) en une qualité remarquable (« la nièce préférée »), n’est-elle pas aussi l’expression – comme le sont les rêves – d’un souhait, en même temps que sa réalisation ? Anne-Marie savait bien l’attachement que Michel avait à son endroit, et, comme, elle le raconte, elle a pu, pendant tant d’années, en éprouver la solidité, la sincérité et la fidélité.
Anne-Marie évoque ici l’un des – nombreux – personnages / avatars de Michel : Michou. Michou est apparu dans les années 90. Il n’est jamais monté sur la scène du Théâtre du Caucase. Aucun spectacle n’a été créé autour de lui. Ses apparitions – jubilatoires – ont toujours eu lieu dans un cadre privé et très restreint, celui de la famille, du couple et de quelques amis. Michou (nom de famille : Cuisson-Sansparenté) était un personnage comique, mais c’était aussi un individu plein et entier : avec une voix, un caractère, des pensées, des émotions, des goûts, une orientation sexuelle, des désirs, des aspirations, etc. Michou aimait beaucoup le téléphone : il aimait converser au téléphone, et, du temps de « Mémie » et de Mailhan, il aimait, en lieu et place de la maîtresse de maison, répondre au téléphone, ce qui a bien sûr donné lieu à quelques séquences fort cocasses. Rire collectif garanti !
(un autre avatar, juste nommé ici, c’est : « Tatie Janie ». Née vers 2017. Tour à tour, épistolière, romancière, astrologue, encyclopédiste, et surtout toute débordante d’amour !)
Anne-Marie nous raconte aussi les « débuts » du marionnettiste. Débuts familiaux. Représentations en chambre. Moments d’enfance. Le spectacle, comme un puissant, un irrésistible et attrayant rituel. Et déjà, cette capacité prodigieuse à émerveiller le public ! Une ancienne photographie en noir et blanc, nous donne à voir cette chambre et nous place devant ce castelet (fabriqué par Alain, le frère de Michel, pour Michel). Cette photographie (et même son négatif), Michel l’a conservée toute sa vie. Elle se trouve, avec d’autres précieux souvenirs, dans un protège documents. Michel l’a collée sur une feuille de papier, et a écrit à côté : « Olivier a deux ans. Je dois en avoir à peu près neuf. Je fais du Guignol à Carcassonne, et Catherine a pris la photo. C’est une bonne et heureuse époque. Lointaine et proche. »
Enfin, Anne-Marie, qui, on l’aura compris, a très bien connu Michel, utilise à son propos l’adjectif « tourmenté ». C’est un terme très fort puisque « tourment » vient du latin tormentum « machine de guerre à lancer les traits / instrument de torture / torture, supplice ». Oui, c’est vrai : Michel le fantaisiste, Michou le clown, Michel l’éblouissant marionnettiste, Michel l’extravagante Tatie Janie, Michel était un angoissé, un inquiet, un anxieux, un soucieux. Un « intranquille ». C’est son ami David Sol qui, peu de temps après sa mort a eu ce mot : « finalement, il aura été intranquille toute sa vie. »
Michel. Si loin si proche. « Je veux que tranquille il repose »
Michou, tu m’avais laissé un message mardi soir sur mon répondeur me demandant de te rappeler vite car tu allais sortir le lendemain … Tu es sorti vite mais pas comme je l’imaginais … et cette fois ta blague m’a rendue si triste !
Comme tu le racontes dans ton livre [Une vie de marionnettes et l’histoire de la collection, chapitre : « 1955-1959 : L’ENFANCE DE L’ART » https://www.michelpeletetcompagnie.fr/wp-content/uploads/2023/05/vie-1.pdf ], nous faisions partie Olivier et moi de tes premiers spectateurs. Tu nous attendais tous les samedi soir rue de Verdun derrière ton castelet. Tout juste arrivés, un bisou à Mémie et Grand Papa nous nous installions dans ta chambre et la magie commençait … les trois petits cochons, le Chaperon rouge … nous étions émerveillés ! Ton agilité et ton imagination déjà débordante nous emportaient dans tes mondes imaginaires !
Longtemps après, à Génolhac, nous avions notre rituel le 15 août où tu venais nous faire découvrir sur la terrasse les trésors de marionnettes que vous aviez dénichés avec Jean-Luc à la foire à Barjac. Vos yeux pétillaient à l’idée des costumes que Jean-Luc allait leur faire et des réparations pour leur donner une nouvelle jeunesse.
Adolescente, c’est un autre facette de Michel qui m’a fascinée. Nous venions te voir en train Sabine et moi pour passer quelques jours rue des canaux et savourer cette liberté citadine que tu nous faisais découvrir … Au-delà des discussions animées une partie de la nuit, tu nous poussais à braver l’interdit, à ne pas se soucier des regards des autres, à être nous-mêmes (cela t’a d’ailleurs valu de te faire faire plusieurs trous à l’oreille pour me rassurer avant que je me décide à faire les miens …). Tu étais notre guide attentif pas forcément sage … mais toujours bienveillant et à l’écoute.
C’est d’ailleurs à cette époque-là, que j’ai découvert ton homosexualité et bizarrement, il me semble que j’en ai toujours eu une conscience aussi diffuse que précoce … la normalité
Lorsque je suis devenue adulte, tu as continué à jouer ce rôle de confident toujours présent dans les moments tourmentés de ma vie. Me poussant dans mes retranchements, tu m’as aidé à faire des choix que la morale n’approuvait pas forcément mais qui m’ont permis de grandir, d’être plus heureuse et d’essayer d’être en paix avec moi-même. Tu étais heureux que j’aie rencontré Thierry. Tu disais que c’était quelqu’un de bien pour moi et qu’en plus il était beau gosse … Tu répondais toujours présent quand je sollicitais le professionnel que tu étais sur l’éducation de mes trois rayons de soleil, moi qui les élevais seule et qui comme tu le savais doutais sans arrêt …
Pourtant, être en paix avec soi-même, tu ne l’étais pas vraiment … tourmenté, tu trouvais ton apaisement dans la peinture, la musique, les marionnettes et surtout depuis déjà 35 ans auprès de Jean-Luc qui avec son calme apparent, sa patience, son amour savait t’apaiser.
« Allo, c’est Michou, quand est-ce que tu viens me chercher au CAT, la monitrice n’est pas gentille avec moi… » Ces coups de fil ubuesques, ton café lavasse, ta voie si particulière, Tatie Janie, ta façon de prononcer mon prénom … tout cela va tellement me manquer ! merci Michou, merci Michel, merci pour tout
Anne-Marie RIVES
