
Six mois après l’obtention de son diplôme, Solange Sanz fut embauchée au CHRU de Montpellier, en pédopsychiatrie, sur le site de Peyre Plantade. Un an plus tôt une première éducatrice de jeunes enfants avait été recrutée dans ce service (madame Christine de Combarieu) et quelques mois plus tard, une troisième EJE (Martine Bongiorno) rejoignait l’équipe. Pour toutes, « Peyre Plantade » fut le terreau d’une incroyable richesse professionnelle ; ce furent des années d’engagement auprès et au service des enfants, ainsi qu’une approche clinique renouvelée (sous la conduite d’une médecin emblématique : madame Françoise Molénat) : soucieuse du bien-être psychique des enfants et de leurs besoins fondamentaux. Une clinique éducative où l’inconscient et l’imaginaire avaient toute leur place, et pouvaient prendre formes en histoires et récits, dessins et modelages, marionnettes …
En lien avec cet intérêt commun pour l’inconscient et l’imaginaire, Michel Pelet partageait avec Solange Sanz un même amour pour la « littérature enfantine » (expression utilisée par lui jusqu’à mort et toujours préférée à celle de « littérature jeunesse »). Amour qui conduira Solange Sanz, au début des années 90, à quitter un temps le CHRU pour (re)partir en formation : à Marseille cette fois, et au métier de bibliothécaire. Dans la suite, Michel Pelet fera régulièrement appel à Solange Sanz pour intervenir après des étudiants.tes EJE, et leur transmettre ledit contenu « littérature enfantine ».
En 1993, Solange Sanz et Michel Pelet s’associèrent autour d’un nouveau projet : Les Eléphants de San Pedro. Un spectacle à destination des très jeunes (« Il était une fois en Afrique, un très beau pays qui se nommait le pays de San Pedro … »), un spectacle mêlant le conte et les marionnettes, un spectacle sur une histoire (qui est l’histoire d’une catastrophe) écrite par Michel Pelet, avec des marionnettes modelées par Michel Pelet, manipulées par Michel Pelet dans des décors peints par Michel Pelet. Aux côtés de celui-ci, Solange Sanz contait et Catherine Martinez (grimée en vieille femme) jouait des instruments de musique. Une représentation eut lieu à l’Institut Saint-Pierre (Palavas-les-Flots) : une première représentation c’est toujours un peu compliqué, mais celle-ci le fut entre toutes : dans une salle immense, sans gradins, devant un parterre de dizaines et de dizaines d’enfants et d’adolescents, certains alités. C’était « la première » et ce fut … la dernière ! Avec San Pedro, le rideau tomba sur la collaboration Sanz-Pelet. Chacun reprend son chemin.
Par la suite, Solange Sanz repartit aux études : en s’inscrivant en sciences de l’éducation d’abord, pour poursuivre en psychanalyse. Elle a définitivement quitté le CHRU en 2009 et travaille aujourd’hui en qualité de psychanalyste, en cabinet (Montpellier).
Nous lui avons proposé d’écrire un texte pour cet onglet « Michel vu par … ». Elle a accepté et nous l’en remercions vivement. Voici ses mots. Voici son hommage.
Du bois surtout !
Tu dis,
L’escalier marche
Vers le Mont Caucase où
D’humbles sujets
Assis, debout, couchés,
Attendent le monde humain.
Chers voyageurs immobiles
Mosaïques
Colorées sol de clé.
A côté,
Un jardin vertical
Relève généreusement
Grâce aux
Lianes dans l’arbre,
Un jasmin débutant.
Là, vois,
Un nid de tourterelles
Envole la cage.
Ferme le volet, on les dérange,
Tu dis.
Une crèche derrière
Et devant les enfants
Une fête, des rires.
Dans la Grand-Rue,
Les lettres s’effacent
Pour lire.
Les petits suivent
Avec leurs doigts
D’invisibles fils
Décousus de soie.
Ce qui jamais ne demeure
Tient solidaire pourtant.
Ensemble prend de l’espace,
Du temps tu dis.
Alors,
Démesure et orage
Pleuvra-t-il ?
Alors,
Tempérance et légers riens
Nous absenteront- ils ?
La voix pousse
Le cœur à l’ouvrage
Et veille la main
Sonde l’émoi.
Les marionnettes
Et les contes font
Des histoires
Pleurent et dansent
Parlent et pensent.
Transmet les autres
En toi, vivant.
Tu dis,
Invente
En vrai, en semblant
Le ciel de la terre attend.
