De 1984 à 1988, Michel Pelet est intervenu à l’Ecole Nationale Supérieure de Bibliothécaires, école qui se trouvait alors à Montpellier, sur le campus de l’Université Paul Valéry. L’ENSB était dirigée par madame Mireille Galseran. C’est à elle que Michel doit son invitation à l’ENSB, pendant quatre années.
Il s’agissait pour Michel de donner un cours (trois journées plus une demi-journée) sur le conte traditionnel :
L’INTERPRETE, HEROS MODERNE DU CONTE TRADITIONNEL
Réflexions préliminaires sur l’élaboration d’une méthode d’éducation de l’imaginaire par l’interprétation di conte traditionnel
Au cours de la première journée, l’objectif était, explique Michel dans un texte de présentation, de « proposer une vue aussi complète que possible sur l’objet littéraire conte. »
Ce cours avait « une vocation documentaire ». Michel y soutenait « l’hypothèse de l’universalité du conte traditionnel, dépositaire des « secrets du monde », et carrefour de l’initiation, lieu ludique de l’apprentissage de soi et de la mise en relation dialectique à l’autre ».
C’est autour du corpus suivant (imprimé et distribué aux étudiants.tes) que Michel développait son cours :
« LES TROIS OURS de L. Tolstoï, traduction V. GOPNER
JEANNOT ET MARGOT / RAIPONCE / BLANCHENEIGE tirés des KINDER – HUND HAUSMARCHEN de J. et W. GRIMM, traduction A. GUERNE
VASSILISSA LA BELLE d’AFANASSIEV, traduction de Edina BOZOKI
L’ENFANT DANS LA TOMBE de H.C. ANDERSEN, traduction de P.G. LA CHESNAIS
La deuxième journée était une « reprise systématique du corpus. Approche concrète des problèmes de l’interprétation du Conte. Limites à apporter aux principes de l’interprétation dans une perspective pédagogique. Réflexion théorique sur les modalités pratiques de l’ « heure du conte » au sein des bibliothèques. »
La troisième journée était une « journée de travail pratique autour du conte », autrement dit : « des exercices pratiques analysés, portant sur les utilisations concrètes du conte dans le milieu d’exercice professionnel » des bibliothécaires. Cette journée devait permettre de « poser un certain nombre de questions et d’y amener des réponses claires […] :
- Quand dire des contes ?
- Comment dire des contes ? Aménagement de l’espace
- Choix des contes
- Réflexion sur la violence des images et des situations dans els contes et mise en relation avec l’usage des versions intégrales
- Réflexion sur la mise en images des contes
- Réflexions sue les prolongements pédagogiques des contes
- Plaisir de dire des contes, et plaisir d’en entendre
- L’heure du conte est-elle exclusivement réservée aux enfants ? »
Après ces trois journées, le cours se concluait donc avec une « matinée de synthèse » au cours de laquelle était « fait le bilan de la formation intensive en la matière », chaque étudiant.e devant « aboutir à une opinion maîtrisée sur ses connaissances et bien évidemment sur ses manques et les conséquences qu’ils entraînent ».
Outre le corpus de contes et le texte de présentation du cours dont sont extraits les passages ci-dessus, un autre texte de Michel était distribué aux étudiants.tes : entre préambule et avertissement. Nous le reproduisons ici dans son intégralité :
Aux étudiantes et aux étudiants de l’Ecole Nationale Supérieure de bibliothécaires de Montpellier désirant suivre ce cours.
Quelle idée curieuse et passéiste, à l’heure où ce qu’il convient de nommer notre civilisation s’engage à l’étourdi dans la réalité de la communication artificielle, de proposer un cours sur l’interprétation et l’usage du conte traditionnel.
N’y avait-il rien de plus moderne pour inciter le jeune contemporain à fréquenter des bibliothèques voire des médiathèques ?
Et l’étudiant ne serait-il pas en droit d’exiger un enseignement plus proche de l’époque que de perdre son temps d’étude dans des rêveries folkloriques ?
Et pourtant, je peux affirmer qu’un regard neuf, c’est-à-dire dépouillé d’à priori, un regard renouvelé sur le conte traditionnel permet d’y découvrir un livre vivant sur la vie et dans le meilleur des cas de rencontrer un compagnon de route éclairé et fidèle ; en cela il m’intéresse.
Par ailleurs, au temps de la normalisation, pour ne pas dire de la banalisation ennuyeuse des individus, le conte dans ses formes codées et répétitives révèle un parti pris sur la vie, l’humain et l’existence, libertaire et humaniste ; en cela il me parait une utile antidote moderne à l’étouffement organisé des imaginaires et de leurs riches potentialités.
La promotion du conte traditionnel ne peut se réaliser qu’avec des individus prêts à œuvrer joyeusement pour en découvrir les secrets car ils ne se livrent qu’à l’interprète audacieux, volontaire et méthodique.
Cela pour signifier clairement que mon enseignement théorique sera conséquent de la réalisation effective, par chacune et chacun, des directions de travail données, dans un esprit de responsabilité.
J’organiserai mes cours en trois séquences distinctes et complémentaires. C’est seulement lors de la dernière séquence que s’envisageront les questions utiles à vos exercices professionnels. Auparavant, l’aventure de l’interprétation est à prendre fondamentalement pour vous, sans aucun souci de cursus d’études et de finalités pédagogiques.
Enfin, compte-tenu de la brièveté de la formation en la matière un effort individuel est certainement nécessaire pour rendre nos rencontres utiles et constructives.
Michel PELET