« Respectez l’enfance et ne vous pressez point de la juger, soit en bien, soit en mal. Laissez les exceptions s’indiquer, se prouver, se confirmer longtemps avant d’adopter pour elles des méthodes particulières. Laissez longtemps agir la nature, avant de vous mêler d’agir à sa place, de peur de contrarier ses opérations. »
Jean-Jacques ROUSSEAU, EMILE ou L’EDUCATION, Livre II
En préalable à l’exposé des formes concrètes de mes enseignements je poserai rapidement les quelques principes qui dirigent mon action pédagogique dans cette école.
Tout d’abord il convient de considérer une formation comme un processus de transformation volontaire. L’acceptation d’une évolution personnelle, en fidélité à soi-même, qui n’a d’autre objet que la création patiente et juste de son être pédagogique, demeure la règle première d’une formation bien accomplie.
La profession d’éducatrice / éducateur de jeunes enfants a dès l’origine historique, philosophiquement choisi de poser sur l’autre un regard positif et libertaire, qui le respecte dans sa dimension originale profonde ; il apparait évident qu’un tel choix ne peut être exercé que par des praticiens conscients de leur originalité propre, de leurs talents singuliers, ayant sur eux un regard positif, porteurs enfin d’une morale personnelle et relationnelle claire, comprise et assumée.
La première année, de formation que je mènerai, s’attachera donc à une interrogation responsable et positive sur soi. La deuxième année cogérée avec la promotion a pour but un usage concret, actif et utile, en direction de 1’enfant, des connaissances acquises.
Une formation par sa durée limitée et organisée prend un caractère quelque peu formaliste et rien ne peut y être abordé de manière définitive, ce qui me permet d’en venir au deuxième point : une formation doit se vivre comme une information.
Les connaissances reçues et acquises ne peuvent présenter de caractère complet et achevé, ce qui nierait toute forme de progrès.
La formation doit éveiller en vous un esprit constructif de curiosité et d’ouverture qu’il appartiendra au praticien professionnel de maintenir vivant. Être pédagogue de la petite enfance, c’est bien comprendre et assumer l’exigence joyeuse de sa croissance continue et de sa formation permanente.
Je pourrai résumer ainsi ces quelques lignes d’introduction : bien se construire pour mieux construire avec les autres.
Michel PELET
Septembre 1984
Institut d’Etudes Familiales